Pigpen – Kim carnby

Résumé : Le protagoniste se retrouve à la dérive sur une île inhabitée, où une mystérieuse famille apparaît devant lui.

Note personnelle : ★ ★ ★ ★ ☆

Avis : Je pensais n’avoir sélectionné que des mangas terminés, malheureusement celui-ci est encore en cours. Il y a 19 chapitres disponibles en ligne actuellement. D’ailleurs je parle de « manga » mais il s’agit d’un « manhwa » (bande dessinée coréenne).

J’aime énormément le design de Pigpen. Les couleurs ne sont pas très vives, souvent froides, excepté quand ils font ressortir des lumières (soleil, lune ou éclairages divers). Il est principalement fait en nuance de bleu-gris (il y a quand même de la couleur, j’exagère un peu) et teinté de rouge lorsqu’il s’agit d’un souvenir. Le design des personnages, notamment au niveau des expressions de leurs visages, mérite des félicitations également. Une autre petite anecdote visuelle que j’aime beaucoup, à un moment donné nous voyons un personnage avec des jumelles, par lesquelles nous voyons également. Lors des déplacements des jumelles d’un point à un autre, nous avons un flou sur le décor. Un détail qui donne déjà, beaucoup de mouvement et de vie aux dessins, et puis mince c’est stylé quand même !

Parlons de l’histoire. Un jeune homme se réveille sur une île suite à un accident. Il trouve une boite aux lettres (WTF ?!) puis en continuant son exploration, une maison qui semble habitée. Sans transition, il se réveille à nouveau mais dans une chambre. En sortant, il tombe sur une femme en train de nettoyer le sol. Rien d’exceptionnel (quoi que) jusqu’ici. La femme lui explique qu’ils l’ont trouvé dans le jardin, que c’est un hôtel.

Une fois à table, il rencontre le reste de la famille. Et quelle famille ! La mère bien que souriante semblait nettoyer du sang sur le sol, le père est un croyant (trop) strict, la fille aînée est une séductrice bipolaire, la cadette tue des animaux, et le grand frère semble complètement perdu dans son monde. En partageant leur repas, il s’inquiète de la provenance de la viande qui lui est servie. La famille lui assure qu’elle vient des porcs de leur élevage (personnellement, je la trouve très rouge et saignante pour du porc, mais peut-être que ça vient du dessin). Ils lui servent également un thé qui lui aussi est de couleur rouge, cette fois, l’aînée lui dit qu’il s’agit d’un thé à la cerise. N’étant pas totalement convaincu par les explications, le jeune homme va profiter que la maîtresse de maison accepte son aide en cuisine pour voler un couteau. Acte non sans conséquence, puisque celle-ci va ensuite le harceler pour le récupérer. Un autre détail dérange le héros, tous évitent la question lorsqu’il demande le nom de l’île. Ils lui garantissent également qu’il n’y a ni téléphone, ni ordinateur sur l’île.

Ensuite… Ensuite, je me suis un peu perdue. C’est le but de ce manhwa. C’est-à-dire qu’on ne sait pas qui est un allié, qui est un ennemi, qui ment, qu’est-ce qui est vrai ou faux. Bref. Nous croisons un homme qui semble être un employé, lui aussi à des comportements totalement différents d’un moment à l’autre. Il semble penser que la famille est composée de psychopathe mais leur obéit, et indique même au jeune homme qu’il faut impérativement leur être utile. Il lui confie qu’il a mangé de la viande humaine avant d’exploser de rire et lui dire que c’est une blague.

Romi la fille aînée n’est pas mieux, elle lui dit que ce n’est pas sa vraie famille, qu’elle veut quitter l’île et lui demande son aide. Il l’aide donc à s’échapper et elle revient après avoir fait du shoping, en lui offrant une bouteille de désherbant (qui par ailleurs est un puissant poison). Il trouve aussi des photos pixelisée avec un chiffre au dos, il trouve un téléphone et contacte des secours qui lui disent que sans le nom de l’île ils ne peuvent rien faire. Bref.

Il y a également une histoire avec un livre vierge, qui finalement ne semble plus l’être quand le fils lui lit un passage. Nous ne savons pas en somme. Est-ce que le héros est fou ? Est-ce qu’il y a vraiment un problème avec cette famille ? Qui sont vraiment ces gens ?

Je vous ai dit qu’il était amnésique ? Le héros ne sait pas pourquoi, ni comment, il est arrivé sur l’île. Un passage m’a offert une hypothèse que l’avenir confirmera peut-être. Nous voyons dans un restaurant, une télévision où sont diffusées informations qui parlent d’une star portée disparue (l’employé de l’île) et nous voyons également un jeune en mode DarkSasukeDu59. Je pense donc, qu’il est fort probable que notre héros soit une espèce de détective privé à la recherche de cette fameuse star, recherches qui l’auront conduit à proximité de l’île où malheureusement il a un accident, se retrouve amnésique et piégé.

J’attends la suite avec impatience… Je ne me suis pas informée sur les prochaines sorties. Je penserais sûrement à regarder au prochain Pumpkin Autumn Challenge. D’ici là, je vous conseille de commencer la lecture si vous vous sentez capable de supporter l’attente !

Lu dans le cadre du Pumpkin Autumn Challenge 2021, menu « Automne frissonnant », catégorie Double, double, toil and trouble (Sorcière, pièce de théâtre, prophétie, tragédie)

Bonne lecture ! Signé C.

Aime ton prochain – Chida Daisuke

Résumé : Kazumi Ichinose est un lycéen de seize ans. Il y a six ans, sa vie a basculé dans l’horreur lorsque Saki Mido, une camarade de classe de l’époque, s’est entichée de lui. Depuis, l’adolescent vit un véritable enfer à cause de cet amour à sens unique que lui voue la jeune fille. En effet, d’une jalousie maladive, cette dernière ne laisse derrière elle qu’un torrent de sang et de larmes, et même un cadavre… Peut-on continuer à vivre quand on est aimé par le Mal incarné sur qui la raison et la morale n’ont aucun effet ?

Note personnelle : ★ ★ ★ ★ ★

Avis : Voilà un manga qui m’a sacrément marqué. L’article va être 100% spoil. Pour ceux qui ont eu la chance de le lire, ça va vous rafraichir la mémoire. Pour les autres, filez vite le découvrir !

Une pré-adolescente Saki Mido (11 ans tout juste) est « amoureuse » d’un garçon de son âge, Kazumi Ichinose, qui est en couple avec Fumika Nimi. Au détour d’une conversation Mido demande à Kazumi s’il aurait accepté de sortir avec elle si Fumika n’existait pas ou s’ils s’étaient rencontrés avant. Innocemment il répond que oui… C’est le début de l’enfer. Mido, âgée rappelons-le de tout juste onze ans, tue Fumika en lui tranchant la gorge avec un cutter, puis demande toute contente à Kazumi si maintenant elle peut devenir sa petite amie. Normal.

Six ans plus tard, alors que Kazumi n’a plus de nouvelles de Mido (qui est en centre de rééducation pour jeunes), tombe amoureux d’une autre adolescente. Mido refait surface, la kidnappe et la torture. Ce n’est pas tout, ça serait trop facile. Et c’est d’ailleurs là que ça devient extrêmement glauque (ha bon, ça l’était déjà ?!). Je vous assure qu’à ce moment-là on passe un cap au niveau de l’horreur. Mido s’empare du portable de Yotsuya (la petite amoureuse de notre héros) et contacte Kazumi pour le forcer à venir dans l’école où elle a tuée Fumika (et où elle vient de torturer Yotsuya). Le jeune homme arrive et à force de menaces contre sa petite amie, elle obtient de lui qu’il lui offre sa virginité. Oui oui. Nous parlons bien d’un viol. Mais comme si ce n’était pas assez malsain comme ça, elle le force à avoir ce rapport dans la classe où elle a commis son premier crime et devant l’urne qui contient les cendres de Fumika, qu’elle a volés. Normal.

Après tout ça, nous n’en sommes qu’à la fin du chapitre 12, sur 73 chapitres. J’espère que vous avez l’estomac bien accroché pour la suite.

Je vous raconte encore un peu. Évidemment, Kazumi après ces évènements, refuse de s’investir dans une relation amoureuse et cumule les coups d’un soir ou de plusieurs soirs d’ailleurs. Le jeune homme attend avec impatience le moment où Mido refera surface pour la tuer, pour venger Fumika et Yotsuya. Il a d’ailleurs engagé des détectives pour retrouver la retrouver. Au bout de cinq ans, Mido est repérée. Le jeune homme, accompagné de la petite sœur de Yotsuya va à sa rencontre. Surprise motherfucker, Mido est amnésique. La grande méchante, celle qui doit payer pour ses crimes, ne s’en souvient justement pas. Et c’est le drame. Est-ce qu’il ‘est juste de punir une personne qui ne se souvient plus de ses crimes ? Punir une personne qui est devenue inoffensive. Est-ce que l’on peut réellement considérer qu’il s’agit de la même personne ? Si nous partons du principe que nos souvenirs font ce que nous sommes, alors, Mido devenue amnésique n’est plus une criminelle. C’est ainsi que la petite sœur de Yotsuya va convaincre de laisser tomber sa vengeance. Elle va également partir toute une soirée et une nuit chez Mido pour lui rappeler qui elle est. Personnellement, je suis mitigée. Je me dis que certes, elle est amnésique, et après ? Ce n’est pas parce qu’elle ne s’en souvient pas qu’elle n’a pas commis ces crimes… J’ai souvent du mal à trancher dans ce genre de situation. La frustration des victimes me pousse vers la punition, l’amnésie du bourreau vers le pardon. Je vous laisse choisir votre camp, ou rejoindre le mien « Le club du Bwaaaaah Chaipatro ».

Vous pensiez que c’était terminé ? J’ai annoncé 73 chapitres ! Prenez une grande inspiration, un Nausélib et continuons. Au petit matin, Mido se ramène avec Shiho (la petite sœur de Shino Yotsuya) pour les accompagner sur le voyage du retour. Et oui, cette garce à retrouvé la mémoire. Toute la nuit, elle a torturé la pauvre Shiho et continue même dans le train. Elle s’installe chez un Kazumi qui semble résigné, prêt à accepter la souffrance de vivre avec la démone. Elle lui confisque son téléphone, surveille toutes ses sorties, quant à lui il s’impose des règles pour ne pas la contrarier. Vous pensez que ça ne peut pas être pire ? Kazumi s’autorise une sortie avec un ami et tombe sur une ancienne fréquentation. La jeune femme a l’air terrifiée lorsqu’elle le voit. Elle lui dit qu’elle n’a pas le droit de lui parler et fond en larmes. Il rentre extrêmement énervé chez lui et demande à Mido si elle a rendu visite à l’une de ses anciennes conquêtes. Mido lui dévoile toute une série de carte SD où elle se filme en train de torturer ces femmes. Je ne sais plus si c’est 26 ou 27 mais nous sommes d’accord, une, c’est déjà trop. Kazumi pète littéralement un plomb et tente de tuer Mido. C’est un échec. Il aurait mieux valu qu’il ne fasse rien ou qu’il réussisse, parce que cette tentative le met dans une position très inconfortable. Oui oui, Mido va l’enchaîner et le torturer. Le pire dans tout ça, c’est qu’elle y prend beaucoup de plaisir. Alors que nous étions au comble de l’horreur, je me suis aperçue que nous n’étions qu’au chapitre 37. Là, j’ai fait une petite pause pour respirer. Vous l’avez compris, elle le séquestre pour le soumettre, en espérant par ailleurs qu’il finisse par avoir des sentiments pour elle (le fameux syndrome de Stockholm), mais elle ne le torture pas pour cette raison. Ces douleurs physiques qu’elle lui inflige sont réalisées dans le cadre de sa sexualité. Je pense qu’on peut raisonnablement dissocier la pratique sexuel et les sentiments. Ce qui reste extrêmement gênant (inacceptable en fait), c’est qu’elle ne lui laisse pas le choix. Je veux bien accepter l’idée que les gens aient des pratiques étranges, mais nous sommes d’accord (je l’espère), tous les partenaires doivent être consentants. Enfin, dans une histoire aussi glauque, je suppose que c’est « normal ».

Dernière partie, celle où Kazumi s’échappe, traque Mido et enfin la capture. J’ai sauté quelques passages, mais je les trouve moins important que cette fin. Même si c’était intéressant de voir ce jeu de manipulation et de constater que celui qui a le plus d’informations triomphe sur l’autre. Revenons à la capture. Kazumi et ses alliés emmènent Mido dans l’ancienne école, là où tout à commencé. Le jeune homme passe ses nerfs sur elle, ce qui est tout à fait compréhensible. Il allait d’ailleurs la tuer lorsque Yotsuya (et oui, sa petite amoureuse du lycée, qui a été torturée et qui s’est enfermée chez elle depuis ce jour) arrive et l’en dissuade. C’est juste trop mignon, trop touchant, j’ai peut-être un peu pleuré mais ne dites rien à personne. Finalement ils la dénoncent à la police, ce qu’ils n’avaient pas encore fait (excepté à 11 ans quand elle a tuée Fumika mais c’est un adulte qui l’a découvert). Kazumi et Yotsuya finissent ensembles, fin parfaite !

J’ai encore quelques petites choses à dire, même si l’article est déjà gigantesque. Premièrement, Mido, notre grande méchante… Et bien, je crois que quelque part je comprends sa jalousie. Je comprends l’humaine mais je condamne fermement l’acte (les actes même). Elle veut absolument Kazumi pour elle, mais surtout elle veut compter pour lui, quitte à mourir de sa main pour rester à jamais dans son esprit. Vous remarquerez que je n’ai jamais parlé d’amour entre Mido et Kazumi. Excepté au tout début où j’ai pris soin de mettre des guillemets autour du mot « amoureuse ». Pour moi Mido ne sait pas ce qu’est aimer. Tout ce qu’elle fait c’est pour que Kazumi soit à elle. Mais aimer est très différent de posséder.

Ensuite, le fait qu’ils n’aient pas contacté la police m’a surprise, mais je pense que soit c’est pour que l’histoire puisse exister, soit c’est une question de culture. En effet, Mido prenait soin de filmer ses séances de tortures, les filles étaient déshabillées, humiliées et devaient parfois même se rabaisser en disant à quel point elles sont minables d’avoir eu des rapports sexuels avec Kazumi. S’il arrivait quelque chose à Mido, les vidéos auraient été dévoilées. Bon… Déjà à aucun moment (sauf si je suis passée à côté) ils ne disent de quelle façon elle les aurait publiées. Peut-être avec l’aide de l’infirmière (je ne l’ai pas évoquée dans l’article mais elle est sa complice sous influence du chantage et de la torture). Honnêtement ça me parait bizarre, à moi, en tant que française, de ne pas la dénoncer par peur de voir ces vidéos faire surface. Ce ne sont pas des vidéos honteuses, ce sont des preuves des crimes de Mido à mes yeux.

Je conclus enfin l’article ! Ce manga était très prenant mais très malsain. Cela dit, même si je n’ai pas terminé mes lectures du Pumpkin Autumn Challenge, jusqu’ici c’est de loin la meilleure. Je ne peux que la conseiller (aux personnes peu sensibles, ou aux personnes équipées pour affronter la pire noirceur de l’humanité).

Lu dans le cadre du Pumpkin Autumn Challenge 2021, menu « Automne frissonnant », catégorie « Le folklore de Chipenden » (Créature surnaturelle, fantastique, obscure, fantasy)

Bonne lecture ! Signé C.

Damned Master – Katayama Shuu

Résumé : Uni, jeune étudiant universitaire, est fréquemment sujet à la paralysie du sommeil qui lui fait voir des choses qu’il n’arrive pas à expliquer. Shishou, un professeur fan d’occultisme, va alors s’intéresser à son cas…

Note personnelle : ★ ★ ★ ☆ ☆

Avis : Je ne savais pas tellement à quoi m’attendre en commençant ce manga. J’imaginais une histoire avec deux hommes qui découvrent les ténèbres. Finalement, il s’agit d’un jeune homme qui semble voir des esprits, et qui décide d’aller partout où les gens disent qu’il y a des phénomènes paranormaux. C’est une accumulation de petites histoires horrifiques, comme une légende urbaine sur une main noire qui exaucerait les vœux si on la gardait sept jours, un trou étrange qui se forme sans arrêt dans le bac à sable d’une école, des appels étranges… Bref des petites histoires quoi !

Est-ce que cette obscurité vous effraie ? Fermez les yeux ! Voilà…

Damned Master – Katayama Shuu

Le tout début de l’histoire est très sympathique pour les fans d’horreur, mais la suite m’a semblée un peu légère, pas assez horrible, avec plus ou moins toujours les mêmes mécanismes. Le « Master » en question, ressemble surtout à un jeune homme en dépression qui joue à se faire peur. Il n’offre pas souvent de réponse concrète, souvent les chapitres finissent sur un « p’tête bin qu’oui, p’tête bin qu’non », magnifique expression qui ne fonctionne pas sans accent au passage. Il y a un moment où j’ai vraiment apprécié le personnage qui sortait enfin du mode « DarkSasukeDu59 », c’est quand il pète littéralement un plomb et décide de se faire une cure de ténèbres. Je vous mets la double page en question plus bas. J’avoue, j’ai rigolé.

Il y a un petit détail qui me plaisait beaucoup, c’est que la plupart des visages des personnages secondaires ne sont pas justement pas détaillés, par exemple un visage entièrement blanc avec un trait pour la bouche qui suffit amplement à comprendre le ressenti de cette personne. Et même toute une histoire contée avec des visages entièrement noirs, excepté le fameux détail qui permet de retranscrire l’émotion du personnage (que ce soit la joie, la tristesse, ou la peur par exemple).

Ses pupilles sombres fixaient l’horreur cachée sous l’obscurité.

Damned Master- Katayama Shuu

Il existe visiblement, si ma mémoire ne me trahie pas, sept tomes en VO et uniquement cinq en VF. En mauvaise chroniqueuse, je vous laisserais le soin d’aller vérifier si bon vous semble.

En somme, ce n’est pas un mauvais manga. Il manquait juste de profondeur pour moi. Je n’ai pas eu de frissons, sauf au début, et je n’ai pas tant aimé les personnages. Le vrai point positif pour moi c’est les dessins, notamment ceux des esprits, toujours noirs avec ces visages terrifiés, ça c’est bien.

Lu dans le cadre du Pumpkin Autumn Challenge 2021, menu « Automne frissonnant », catégorie « Gare, gare à la main de gloire ! » (Voleur, thriller, policier, superstition, horreur, épouvante)

Bonne lecture ! Signé C.

La mélancolie des sirènes par trente mètres de fond – Serge Brussolo

Résumé : Femme scaphandrier, Lize Unke appartient à la brigade de police fluviale chargée d’enquêter sur la catastrophe du métro englouti. Qu’est-il réellement arrivé, ce jour-là, quand le plafond du tunnel a crevé, laissant le fleuve s’engouffrer dans le réseau souterrain pour noyer des kilomètres de galeries, de rames… et des milliers d’usagers ? Bien des années ont passé depuis le drame, mais l’énigme reste entière. On parle de survivants, prisonniers de poches d’air. Des survivants qui connaîtraient la vérité… mais que personne ne semble pressé de ramener à la surface. La solution du mystère est là, quelque part dans le labyrinthe des tunnels inondés. Lize, qui a perdu sa jeune sœur dans la catastrophe, s’est donné pour mission de faire la lumière sur cette étrange histoire. Décision imprudente s’il en est, car quoi de plus vulnérable qu’un scaphandrier perdu sous les eaux !

5a1c7fe16fccd6.3907936715118171854579

Note personnelle : ★ ★ ★ ★ ★

Avis :
« D’abord il y a la fissure qui s’ouvre dans le plafond de la station. Cric-crac-criiic-criiic… »
La première phrase d’un roman qui va vous faire suffoquer d’angoisse.

Hydrophobes, abstenez-vous ! Brussolo n’a pas fini de nous faire frissonner. Je venais de refermer « La princesse noire », d’abandonner derrière moi les enfants infirmes, la crasse, la maladie et les mensonges, pour plonger dans l’horreur d’une station de métro inondée. Le lendemain, je dois avouer que j’ai regardé le plafond, en empruntant les couloirs de la ligne 9. J’ai même jeté un second coup d’œil en attendant que la rame qui circule entre Pont de Sèvre et Mairie de Montreuil arrive.

Contrairement à ma récente lecture de Brussolo qui m’a étrangement surprise de par sa fin optimiste, nous sommes cette fois en présence d’un grand classique de l’auteur ! Une atmosphère étouffante, une sensation de danger imminent qui ne vous lâche plus. Une héroïne forte et fragile à la fois. Une femme bouleversée, perdue, qui n’hésite pas à enfiler son scaphandrier pour plonger parmi les cadavres immergés à la recherche de celui de sa petite sœur, espérant peut-être au passage noyer sa peine dans l’eau trouble.

J’ai remarqué avec autant d’étonnement que de plaisir, qu’aucun homme n’a pris le pouvoir sur l’héroïne, ce qui est je trouve, très rare dans les œuvres de l’auteur. Cela dit, dans le roman « La princesse noire », il n’y avait pas non plus cette notion de soumission que je reproche souvent à mon auteur favori, juste un chantage d’un adolescent, mais au fond, Inga avait accepté cette situation.

Scaphandrier
Casque de scaphandrier en cuivre et laiton à 3 boulons.

Dans un premier temps, nous découvrons Lize, hantée par le souvenir de la catastrophe, cauchemardant sans relâche de la mort de sa sœur Nacha. Refusant catégoriquement d’accepter le diagnostic de la psychologue lui répète pour la énième fois que tout vient de sa peur de devenir mère. Pourtant, sans cesse, elle parle de la voûte qui crève « comme un ventre », de son métier de « fœtus d’acier », avec ce fameux « cordon ombilical » sans lequel elle succomberait à une asphyxie. Je dois vous avouer que j’ai trouvé cette psychologue antipathique. Pourtant, en tournant les pages, j’ai constaté que Lize comparait souvent son métier à la grossesse, pire encore, elle s’était obligée enfant à être une mère pour Nacha.

Toute cette partie s’atténue rapidement, laissant place à l’angoisse de la plongée. Le travail de Lize consiste à piller les tombeaux sous-marins, rien d’illégal, promis ! Ce système permet de récupérer les papiers d’identité des cadavres pour les recenser et ainsi permettre aux familles de faire leur deuil. L’héroïne s’obstine, malgré les problèmes de santé que cet emploi engendre, à s’immerger plusieurs heures dans l’eau. Seule, à la merci des scaphandriers clandestins, qui pourraient d’un seul coup de couteau dans le tuyau d’approvisionnement en air, la tuer. Cette persévérance vient du fait, comme dit plus haut, qu’elle veut à tout prix retrouver sa sœur. Morte ou vive. Car il a été prouvé qu’il existe des poches d’air où se sont réfugiés des survivants ! La seconde partie de son emploi consiste à déposer des vivres dans ces grottes pour permettre aux rescapés de s’alimenter, se laver, s’habiller, survivre en somme. Ces derniers refusent tout contact avec leurs potentiels sauveteurs.

Un jour, ne tenant plus, la jeune femme décide de chercher Gudrun, l’amie de Nacha, qui lui ressemble physiquement et qui de par sa carrière de comédienne est capable de l’imiter à la perfection. Elle espère obtenir des informations sur sa sœur qui ne souhaitant plus être autant couvée par son aînée, avait disparu trois ans avant l’accident du métro. Elle y descendait pour mendier en jouant de la guitare. Lize tentait de renouer un lien avec elle, mais Nacha continuait de lui tourner le dos, préférant la dangereuse compagnie de Gudrun. Ayant enfin trouvé la localisation de cette dernière, Lize va accepter sa proposition : des informations sur les trois années de la vie de sa sœur où elle n’a pas pu être présente, contre une nuit dans l’appartement de l’héroïne. Grâce à cet échange, Gudrun va réussir à semer le doute dans la tête de Lize. L’accident était-il réellement dû à un tremblement de terre ? Est-ce réellement parce que les sortir de là serait trop couteux que les autorités ont décidé de laisser les survivants sous terre ? Les scaphandriers clandestins ont-ils pour mission de rapatrier les corps pour les familles ? L’enquête commence.

Son dénouement est abominable. Nous comprenons au fil des pages, que ce qui a créer l’inondation est l’explosion d’un laboratoire militaire clandestin. Un lieu où les chercheurs s’évertuaient à trouver un moyen de faire « des guerres propres », sans cadavres pourrissants, sans destructions de bâtiments. Sortir les morts ou les vivants, dévoilerait la supercherie. Quant à nos clandestins, il est bien vrai qu’il repéchait les dépouilles au début, néanmoins l’activité bâtant de l’aile, ils se sont mis à répondre à des requêtes plus malsaines. Le gaz mis au point par le laboratoire a des propriétés très étranges, celle de momifier instantanément. Laisser les peaux des cadavres intactes et d’une belle couleur miel. Les riches ont commencé à s’intéresser à ce surprenant cuir. Les clandestins violaient les tombes immergées pour ce commerce morbide.

Après un court moment dans la poche de gaz principale, Lize perd toute notion de temps. Elle perd également ses capacités à réfléchir. Tantôt amorphe à cause de l’excès de CO2, tantôt galvanisée par celui d’oxygène, elle ne peut que vivre au rythme de la tribu dans laquelle elle a échoué. Un instant de lucidité lui permet de retrouver la trace de sa soeur, et la demoiselle elle-même après avoir traversé le couloir de la peur. Une bonbonne de gaz provocant des crises de panique déversait la substance dans ce lieu. La jeune femme qu’elle pense être Nacha ne daigne pas lui adresser la parole, défigurée selon les rumeurs, elle ne se sépare jamais de son masque, aussi Lize repartira sans la moindre certitude.

Le lecteur n’en sait pas plus que Lize. Une fin typique des romans de Serge Brussolo. Nous retrouvons notre héroïne, amorphe, incapable de savoir si la jeune femme du métro était bien Lize, ou si elle se tient devant elle en prenant le rôle de Gudrun. Pire encore, Brussolo répète mots pour mots des passages du roman faisant référence à la vie que mène les rescapés. Nous comprenons grâce à ses répétitions que le cerveau de Lize a subit des dégâts irrémédiables, tout comme les « survivants » elle perd la mémoire, elle alterne les phases d’apathie et d’euphorie. Une partie de cette femme restera emprisonnée à jamais dans la grotte des survivants…

Brusquement elle se sentit emplie d’une bouffée d’euphorie. Une mousse de bulles multicolores envahit son cerveau, et pour traduire sa joie elle ne sut que crier :
« Marathon ! Marathon ! »
Quand elle reprit son calme, Gudrun pleurait.

Les dernières phrases d’un roman qui va vous faire suffoquer d’angoisse.

Anecdote :Badge PAC 2020 Lu pour le Pumpkin Autumn Challenge 2020, menu automne frissonnant, catégorie « Esprit es-tu là ? » (Fantôme, fantôme du passé, famille, historique, classique). Comme vous pouvez le constater, il s’agit d’un fantôme du passé… Petit bonus : j’ai trouvé ce livre dans ces fameux grands bacs de livres d’occasion de la librairie Boulinier, à Paris bonne nouvelle ! 🎃📚

Bonne lecture, Signé C.