Le doute en blanc

Les mains expertes des femmes effectuèrent les derniers ajustements. Elles quittèrent la chambre dans un bruit de talons aiguilles claquant sur le sol et de rires mélodieux. Le soleil, entrait par la fenêtre, projetant des rayons lumineux où dansaient de petites particules de poussières, semblant vouloir illuminer ce moment, le rendre magique. La dernière à quitter la pièce fût celle qui l’avait mise au monde. La femme s’arrêta, une main posée sur le chambranle de la porte. Dans son regard on pouvait lire la fierté, l’émotion, la joie mélangée curieusement à une pointe de peine teintée de nostalgie. Une larme roula sur la joue maternelle tant de fois embrassée. Julia sourit une dernière fois à sa mère, qui avant de refermer la porte lui laissa voir un mouchoir épongeant ses yeux humides d’émotions.

La jeune femme restée seule dans la chambre, soupira d’aise. Les préparatifs étaient terminés à présent. Elle se leva et s’approcha de la fenêtre. Bon nombre de personnes étaient devant l’hôtel, grillant des cigarettes au soleil, discutant de la cérémonie qui approchait, se serrant la main. Des enfants jouaient. Certains sur des bicyclettes, d’autres avec un ballon. Deux petites filles s’entraînaient à danser, leurs robes virevoltant dans l’air printanier. Un bouleau s’épanouissait à côté de la fenêtre, sur ses branches deux moineaux semblaient être au cœur d’une intense discussion. Un papillon voyageait seul dans le ciel, profitant de sa liberté. L’horloge de l’église, visible depuis la chambre, accordait à ses aiguilles le droit de tourner, volant la beauté des femmes et la robustesse des hommes. Julia parcouru la pièce des yeux. Elle se dirigea vers le lit, ses talons émettant un bruit sourd sur le parquet ciré de la pièce. Des bouquets de lilas blancs avaient été placés à son attention. Sur la table de chevet en trônait fièrement un. La jeune femme inspira une bouffée d’air parfumé. L’odeur la fit sourire. Ramenant à son souvenir les premiers jours de printemps dans le jardin familial. Julia resta un moment assise sur le lit, regardant de ses yeux le bouquet et de son esprit ses souvenirs. La balançoire qui grinçait quand elle s’asseyait dessus, les oiseaux qui chantaient dans les arbres, les tartes aux fraises que sa mère préparait pour le goûter, les flaques d’eau boueuse dans le jardin où elle sautait. Elle effleura du doigt une cicatrice sur son bras. Sa blessure de guerre, son souvenir, rien de bien glorieux en somme, elle était tombée de sa bicyclette pile sur un tesson de bouteille. Elle était revenue maculée de sang à la maison, déclenchant un mouvement de panique. Son esprit s’égara ensuite dans les journées pluvieuses, ces jours qu’elle avait passés un livre dans les mains. Les journées d’hiver également, à jouer dans la neige. Les écharpes qui la tenaient au chaud, les pulls en laine qui la démangeaient, les illuminations de Noël, les chants des enfants, le chocolat, beaucoup de chocolat.

Elle pivota et se trouva face à elle-même.
La longue robe blanche de tulle et de dentelle soulignait son élégance. Elle tourna sur elle-même, scruta les détails de son habit. Elle rabattit le voile sur son visage et pris son bouquet. Son reflet ne dessinait plus une éblouissante jeune femme, mais le fantôme de la jeune fille qu’elle avait été, songea-t-elle. Devant le miroir, plus rien ne semblait logique, plus rien ne semblait sûr. Pire encore, plus rien ne semblait joyeux. Elle ôta le voile qui rendait si mélancolique la scène. Les rayons du soleil qui semblaient quelques secondes auparavant vouloir répandre joyeusement sa lumière devinrent insupportables. Ils chauffaient la chambre comme un four, rendant l’odeur du lilas aussi écœurante qu’une flaque d’urine dans une ruelle parisienne. Elle n’avait pas senti le doute arriver. Mais il était là désormais. Son cœur se serra dans sa poitrine. Julia s’interrogea sur son changement subit de sentiments.

Son image devenait floue dans le miroir. La jeune femme porta sa main à ses yeux. Les larmes coulaient en silence. Ses poings se serrèrent, ses genoux se mirent à s’entrechoquer. Elle n’avait pas la moindre idée de ce qu’il se passait. Ses émotions néfastes étaient devenues si violentes, si soudainement, qu’elles se matérialisaient en une multitude de serpents glacials dans son ventre. Les reptiles s’agitaient. S’enroulaient sur eux-mêmes, lui mordaient l’estomac, remontaient jusqu’à sa gorge où ils formaient une boule. Elle tentait de les calmer en posant ses mains délicates sur la dentelle de son corsage. Ses yeux balayaient du regard la pièce, comme ils l’avaient fait quelques minutes plus tôt. Elle fut prise de bouffées de chaleur. La panique la gagnait. Peut-être même la folie, pensa-t-elle. Elle cherchait une échappatoire. Mais pour échapper à quoi ? S’interrogea-t-elle.
Il n’y avait rien à fuir. Excepté peut-être, le doute. Comment fuit-on un sentiment ? Le doute s’accrochait à sa chair, à son cerveau, à ses pensées. Il attrapait ses poumons et les écrasait dans sa cage thoracique comme deux vulgaires morceaux de papier qu’un écrivain insatisfait chiffonnait et balançait dans la corbeille à papiers. La pièce semblait se refermer sur elle. Le doute, la panique. La beauté métamorphosée en laideur. La joie en une tristesse infinie. Elle jeta plusieurs regards furtifs à la porte. Imaginant sa main tourner le bouton de la poignée. Elle pouvait en ouvrant délicatement, en se glissant dans le couloir et en fuyant cet hôtel de malheur, fuir également le doute, le chasser en aspirant de l’air pur, laissant la brise printanière l’emporter loin d’elle dans une expiration libératrice. Un sentiment, peut rester dans une pièce se persuada-t-elle.
Julia s’approcha à petits pas mal assurés de la sortie. Sa main se leva lentement et s’arrêta devant la poignée. Une image lui était venue à l’esprit, en un éclair. Un visage. Les serpents s’endormirent instantanément dans une douce chaleur. Il était beau ce visage. Son sourire resplendissait sous la lune, le soir de leur rencontre. Le visage de l’homme avec qui elle partageait sa vie. Sans conteste il était beau. Il était drôle. Et courageux. Elle caressait mentalement du bout des doigts les creux et les bosses de son corps. Julia retourna s’asseoir devant la coiffeuse. Elle ferma les yeux tout en faisant tourner autour de son doigt l’anneau qu’il lui avait passé le jour de sa demande. Son regard était plein de malice et brillant d’intelligence, pensa-t-elle. Des cheveux châtains foncés, des lèvres charnues, des mains douces et habiles. Un esprit vif. Une voix aussi douce qu’une caresse, aussi réconfortante qu’une tasse de chocolat devant une cheminée en hiver. Il la faisait rire. Souvent. Il l’énervait, parfois. Il la faisait pleurer aussi, par ses absences. Julia sourit en se remémorant les souvenirs qu’ils avaient en commun. Les balades à vélo, les danses aux soirées, les pique-niques à la campagne, les baignades à la mer. Les concerts qu’ils avaient été voir ensemble, les films au cinéma, les restaurants, les matins entrelacés, les bains. Elle l’aimait, au tout du moins, en cet instant elle le pensait. Il était vrai qu’il faisait des efforts pour la rendre heureuse, à moins que ce ne fût naturel pour lui. Ils habitaient une petite maison avec un charmant jardin, dans une ville de campagne. Arthur y avait plantés des bégonias, des rosiers et même du lilas, uniquement pour elle. Celle qu’il appelait la femme de sa vie. Sa vie n’en était qu’au commencement, trente années seulement, lui cachait-il une maladie incurable pour avoir l’audace de l’appeler ainsi ? S’interrogea la jeune femme en tordant ses doigts d’une angoisse nouvelle. Il était aussi vrai qu’Arthur avait accepté d’avoir un chien, lui qui les tenait en horreur, pour son bonheur personnel. Il avait capitulé quand elle avait souhaité une destination qu’il ne voulait pas pour les vacances. Il avait également fermé les yeux sur la couleur des murs de la chambre conjugale qu’il n’aimait pourtant pas. Incontestablement, il prenait sur lui. Était-ce ça l’amour, prendre sur soi, accepter des animaux, des couleurs, des vacances que l’on ne souhaite pas ? Elle aussi avait fait des concessions, pris sur elle, oublié des choses qu’elle aimait. Alors, se demanda-t-elle à nouveau, était-ce ça l’amour ? Julia ne savait plus que faire. Se marier à Arthur était ce qu’elle devait faire aujourd’hui, ce qu’elle avait prévu de faire. Elle pensa à Arthur. Se demandant si lui avait des doutes, dans sa propre chambre, affublé de son costume, son père à ses côtés, ses frères. Peut-être avait-il peur de se marier. Peut-être se disait-il que Julia ne devrait pas devenir sa femme.
Elle observa à nouveau son reflet. Une belle femme, blonde, aux yeux d’un bleu éclatant, la taille fine, la peau fraîche comme un pétale de rose. Elle passa ses mains sur sa robe de tulle et de dentelle. Elle avait passé des heures à la choisir en compagnie de sa mère et de sa sœur aînée, cependant, aujourd’hui, cette robe si magnifique lui semblait cousue dans un tissu de mensonges. Brillant d’une façon plus mensongère encore, sa bague de fiançailles. La plus grande des calomnies : ce bout de métal orné d’une pierre promettant une union sous le signe de l’amour. Est-ce qu’ils s’aimaient ? Ils se disaient « Je t’aime », néanmoins, des mots de ne sont que des mots. Ils n’ont de valeur que si on leur en donne. Julia se demanda un morceau de vérité se cachait sous ces mots.

La jeune femme ne savait désormais plus que penser. Elle resta assise là, devant elle-même. Les questions tournaient dans sa tête, cherchant des réponses, les serpents s’agitaient à nouveau dans son ventre. La plus grande des interrogations restait depuis toujours la même pour les femmes sur le point de se rendre à l’église afin de s’unir à un autre être : Fais-je le bon choix ?
Tentant de faire la part des choses. D’endormir le doute, les serpents et l’écrivain insatisfait, elle ramena à sa mémoire les moments où elle l’avait aimé ce bel Arthur, cependant, flottant en bordure de ses pensées, il y avait les moments où elle l’avait détesté ce vil Arthur. Les disputes, les assiettes cassées, les chaises renversées. Puis les excuses, les larmes. Les fleurs, les nuits blanches, les restaurants, la bague, suivis de la routine. Cette routine qui voulait engloutir tous les sentiments de cette planète. Plus elle tentait de réfléchir plus les ficelles de ses souvenirs s’emmêlaient dans sa tête.

Qu’est-ce que l’amour ? Julia sursauta en entendant sa voix prononcer ces mots. Ces horribles mots qui nourrissaient les serpents logés dans son estomac, qui les réveillaient, les agitaient. La jeune femme se mit à rire. Un rire nerveux, aigu, qui sonnait à ses oreilles comme un verre de cristal qui éclatait sur le sol. Elle se leva à nouveau, faisant tomber un vase qui contenait du lilas. Elle ramassa le bouquet, piquant son doigt sur un morceau de verre. Julia jura entre ses dents et porta son doigt ensanglanté à sa bouche. Un goût de fer rampa sur sa langue. La jeune femme grimaça de dégoût.

La cloche de l’église sonna onze fois. Julia devait être dans trente minutes à sa cérémonie de mariage. Elle marcherait au bras de son père, irradiant de bonheur, laissant sa fille à un autre homme. Un homme bien, il en était persuadé. Julia aussi. Un homme bien… Elle se placerait face à lui, ses yeux détaillant son beau visage. Elle écouterait le prêtre, prononcerait une assertion devant des centaines de personnes, devant sa famille, devant des témoins. Le doute n’aurait pas sa place devant ce public difficile. Dans cette chambre, la syllabe fatidique pouvait rester accrochée à ses lèvres. Personne ne la jugerait. Mais pas en bas, dans cette église qui sent le renfermé, les bancs cirés, les cierges à la paraffine, les yeux braqués sur elle. Si son hésitation était remarquée alors un bourdonnement de mécontentement se ferait entendre. Jetant sur Julia et Arthur une honte sans fin.

La jeune femme inspecta son doigt, le sang avait cessé de couler. Elle jeta un regard à travers la vitre. Le temps s’était écoulé plus vite qu’elle ne l’avait souhaité. Plus qu’une dizaine de minutes. Elle devait descendre. Elle devait épouser Arthur. Elle devait. Mais elle ne savait plus si elle en avait envie. Son fou rire reprit. Secouant les serpents, les réchauffant sans pour autant les endormir. Le doute. Le doute l’enroulait dans des bandages, pareille à une momie. Incapable de bouger. Incapable de descendre se marier, tant elle était peu sûre de sa décision.
Julia s’assit sur le lit. Les larmes avaient remplacé le rire. Les perles d’eau salées dégringolaient de ses joues et tombaient sur sa robe en dentelle. Tant d’émotions lui étaient supportables, pourtant le doute, vicieux, ancré profondément dans son cerveau, l’insupportait. Elle retourna près du vase cassé. Ramassa les morceaux. Les jeta dans la poubelle de la salle de bain privative. Ses pleurs ne cessaient plus. Julia retourna à la fenêtre, la foule compacte marchait vers l’église. Plus que cinq minutes. Les gens s’installaient probablement à présent, elle les imaginait, coquilles vides avides de la joie des autres pour oublier un moment leur ennui. Ils n’étaient pas là pour célébrer l’amour des mariés, ils étaient là eux. Hypocrites, pensa-t-elle. Ils étaient venus pour se montrer dans leurs plus beaux habits et laisser de côté quelques temps leur routine. Julia ferma les yeux un instant. Quand elle les ouvrit à nouveau, plus d’enfants, plus d’adultes, même plus de moineau sur la branche, le papillon aussi avait fuit les lieux.

La jeune femme s’approcha de la porte puis recula vivement. Le doute. Les serpents. Les questions. Les gens. Les mensonges. La vérité. L’amour. Porte de l’enfer qu’elle doutait de pouvoir franchir sans perdre son auréole. Les cloches sonnèrent. Un coup seulement. Julia se raidit. Contre la porte, trois coups résonnèrent.
Un homme dans un costume trois pièces attendait devant la porte. Le sourire aux lèvres. Son enfant, sa fille, son amour. Il venait la chercher, l’accompagner vers le nouvel homme de sa vie. Il toqua à nouveau. S’impatienta.
– Julia ?
Sa main frappa à nouveau la porte.
– Julie, ma chérie ?
Il piétinait maintenant. Ses filles avaient pour habitude d’être en retard. Mais tout de même, pas le jour de son mariage ! S’écria-t-il intérieurement. Voyant les aiguilles de sa montre afficher onze heures trente-deux, il prit la décision d’ouvrir la porte.
– Julia ?
Ses yeux tombèrent sur sa fille, allongée sur le lit. Julia semblait dormir, comme lorsqu’elle était encore une enfant. Ses longs cheveux blonds attachés en un chignon sophistiqué, des mèches tombant sur ses épaules. Un léger sourire aux lèvres. Un sentiment d’apaisement se lisait sur ses traits. Une mariée endormie à l’heure de la cérémonie. Il s’approcha de sa fille.
Le doute s’insinua en lui, aussi sournoisement qu’il l’avait fait quelques heures plus tôt dans le cœur de son enfant. Ses yeux scrutèrent le visage de Julia. Ce n’était pas de l’apaisement sur ses traits, mais de la douleur. Son regard descendit jusqu’à ses poignets. Ce n’était pas une rose rouge qu’elle tenait comme il le pensait en entrant. C’était certes une fleur qu’elle s’était faite. C’était la solution à ses doutes. L’homme se jeta sur le corps de Julia, tentant désespérément de la ranimer. Il la secouait, ses boucles blondes remuaient comme les serpents qui avaient élus domicile dans son ventre. Il utilisa les draps pour éponger la substance vitale qui s’échappait des poignets de sa fille. Il hurla regardant ses deux bracelets morbides qu’il ne pourrait jamais lui retirer. Il retira de ses mains un morceau de verre du vase que Julia avait cassé et dont elle s’était servie pour s’épargner un choix qu’elle devait faire. Son ange endormi n’était qu’un mirage. Sa fille Julia, n’était pas éclatante de beauté comme son esprit avait voulu lui faire croire. Elle était étendue là, le front perlé de sueur, la bouche tordue de douleur, de la bile avait coulé sur l’oreiller, la rose rouge muée en une flaque de sang visqueuse et encore chaude. Elle entrouvrit les yeux.
– Papa, ne soit pas triste, tu vas m’accompagner à l’église, comme tu le voulais.
Il hurla de rage, de douleur, de peur. Julia expira une dernière fois. Son père tenta de retenir ce dernier souffle de vie. Ce filet d’air par lequel elle évacuait ses doutes. Elle était morte. Partie dans un endroit, espéra-t-il, meilleur que celui-ci.

Comme prévu pour Julia et Arthur, les deux jeunes gens étaient réunis dans cette église. La femme dans une belle robe, l’homme dans un costume trois pièces. Le prêtre prêt à célébrer. Les personnes présentes pleurant et brisant leur routine. Mais Julia, la belle Julia, était allongée dans cercueil. Les yeux clos. Loin du doute, loin des choix. Arthur caressa une dernière fois la joue de sa fiancée qui ne pourrait jamais devenir sa femme. Une larme tombe et s’écrasa sur les lèvres de la défunte. Le dernier baiser.

Nouvelle envoyée pour le concours du salon du livre de Riantec.
Thème : Le doute.
©SignéC

Faites de beaux rêves

La luminosité des écrans lui agressait les yeux. Il avait eu une longue journée, la quatrième de son stage au « Centre normand d’étude du sommeil ». N’étant pas sa branche de prédilection, Thomas avait dû reprendre tous les cours sur les troubles du sommeil qu’on lui avait dispensé à l’université. En effet, le jeune homme avait commencé ces études pour devenir dentiste. Le docteur Blanchard, son tuteur, était assit à côté de lui, surveillant les données qui s’affichaient.
– Vous avez eu le temps d’étudier les phases de sommeil jeune homme ? lui demanda-t-il.
– En partie oui, répondit Thomas.
Le docteur se gratta la barbe négligemment puis regarda le stagiaire par-dessus ses lunettes.
– Et les dossiers de nos cinq patients ?
– Oui également.
Thomas tenta de se remémorer les informations qu’il avait collectées, les dossiers n’étaient pas épais, si bien qu’il avait pu retenir la quasi-totalité. Trois d’entre eux étaient atteints de dépression et sous traitement médicamenteux, les deux autres présentaient des troubles anxieux. Mais leur point commun était que les patients en observation ce soir-là subissaient des paralysies du sommeil.
– Pouvez-vous me dire dans quelles phases sont les cinq patients d’après l’enregistrement polysomnographique ?
Thomas regarda les courbes affichées sur son écran. Une bouffée de stress monta en lui. Il y avait diverses données, trop à son goût. Tout le matériel possible pour étudier le sommeil des patients avait été installé dans les salles où ils dormaient, ou tout du moins tentaient de dormir. Retranscrites sur son écran d’ordinateur il y avait les informations des capteurs cérébraux pour l’électroencéphalogramme, des détecteurs de mouvements des yeux, des détecteurs de contraction musculaire, ainsi que des caméras thermiques et nocturne.
– La patiente numéro un est en sommeil profond, commença-t-il timidement.
– Exact. Le patient numéro deux qui est dans la même pièce ?
– Il est en phase de sommeil paradoxal. Ainsi que les patients trois et quatre. Le cinquième…
Thomas se mordit la lèvre. Les courbes ne ressemblaient pas à celles qu’il avait étudiées.
– Il vous pose problème ? C’est pourtant simple, il est éveillé. Cependant, c’est une très bonne analyse jeune homme.
L’horloge de l’ordinateur indiquait minuit et cinq minutes. Thomas mit sa main devant sa bouche et bâilla. Il avait ingurgité plusieurs cafés sans en ressentir les effets. Il ouvrit son thermos et vida le restant du précieux liquide noir dans sa tasse vide s’attirant un regard désapprobateur du docteur.
– C’est une très mauvaise habitude qui nuit au sommeil que vous avez là.
– J’en ai conscience docteur, mais je n’arrive plus à tenir debout.
– Tant mieux, vous êtes assit.
Thomas esquissa un sourire. Les infirmières lui avaient décrit un homme hautain, désagréable et même méchant. Or le stagiaire voyait en l’homme assit à ses côtés dans cette salle de surveillance une personne cultivée, intéressante, bien qu’elle fut pointilleuse. Un homme de science, un docteur qui méritait son titre. Même s’il était impressionné par le charisme du médecin, situation qui le déconcentrait souvent, Thomas tentait d’en apprendre le plus possible sur le sommeil. Peut-être qu’à l’issue du stage, la spécialisation choisie aurait changé, se dit-il.

L’unique ampoule de la pièce se mit à grésiller. Thomas leva les yeux.
– Mince, j’espère qu’elle ne va pas nous lâcher, lui dit le docteur Blanchard les yeux rivés au plafond lui aussi.
Ce fut au tour des écrans de s’agiter, les courbes s’amplifiaient. Le jeune homme ne put s’empêcher de penser à la chaîne stéréo de sa chambre dont la ligne lumineuse s’agitait au rythme de la musique.
Le docteur remonta ses lunettes sur son nez et s’approcha de l’ordinateur.
– Ils passent en phase de sommeil paradoxal, les uns après les autres. C’est la première fois que je vois le phénomène arriver à tous mes patients à quelques secondes d’intervalles.
– C’est comme s’ils étaient sur la même longueur d’onde… murmura Thomas. Ou plutôt, comme si quelqu’un passait devant leur porte.
– Mince ! Les infirmières, râla le docteur.
Il tapa le poing sur la table faisant sursauter Thomas.
– Je vais appeler l’agent de sécurité. Nous n’avons pas les images de la caméra du couloir ici.
Le docteur Blanchard se leva, il jura dans sa barbe en secouant la tête en signe de désapprobation.
– Vous pouvez aller vous chercher un café à la machine, la nuit va être longue maintenant qu’une bonne à rien a perturbé le sommeil de mes patients.
Thomas ne se fit pas prier. Il sortit de la petite pièce, le couloir était vide, pourtant il était persuadé que quelqu’un était passé devant les chambres dix à treize à peine une minute auparavant. Il haussa les épaules et s’engagea dans le couloir.
Au coin de son œil une ombre passa rapidement, son corps fut parcouru d’un flot d’adrénaline, il tourna vivement la tête. Rien. La fatigue le gagnait peu à peu et la colère du docteur l’avait tendu. Thomas s’en voulut d’avoir eu une réaction si vive. Le jeune homme inséra une pièce dans la machine, un bruit aigu retenti. Il détestait ce son. Non seulement parce qu’il était le signe qu’un mauvais café était en train de couler dans un gobelet trop mince pour protéger ses doigts de la chaleur, mais aussi parce qu’il lui était aussi désagréable que le bruit d’une craie sur un tableau noir. Trois autres notes insupportablement aiguës signalèrent à Thomas que sa commande était prête. Il but une gorgée et se brûla la langue. Il pensa rageusement que ce n’était que de l’eau chaude aromatisée, étrangement amer. Il se rappela avoir appuyé sur « café sucré », la touillette blanche était bien présente, mais pas de trace sucre. Le jeune homme se retint de donner un coup de pied à la machine. Le gobelet fumant à la main, il reprit la direction de la salle où l’attendait le docteur Blanchard.

L’homme était assit devant les moniteurs, il tourna la tête quand Thomas franchit la porte. Les traits crispés, les sourcils froncés, le jeune homme, n’eut aucun mal à comprendre que son tuteur était contrarié.
– Ce ne sont pas ces incapables d’infirmières qui sont passées dans le couloir.
Thomas eut un vertige, il se dépêcha de s’asseoir, bu une seconde gorgée de café et grimaça.
– Vous vous sentez bien jeune homme ? lui demanda le docteur.
– Oui, oui, juste la fatigue. Dites, si ce n’est pas une infirmière qui est passée dans le couloir, qui est-ce ? demanda-t-il fébrilement, le visage pâlit par la peur.
– Personne. L’agent de sécurité est catégorique. Il n’y a eu aucun passage dans le couloir.
Le stagiaire déglutit, l’angoisse s’emparait de lui.
– Jeune homme, allons, vous avez vraiment l’air malade, peut-être devrais-je écourter ce stage, si vous n’êtes pas capable de travailler quelques jours de suite.
– Non ! s’écria Thomas en secouant vivement la tête. C’est simplement ce café, il me retourne l’estomac. Et… J’étais également en train de réfléchir.
– Réfléchir ? Que pensiez-vous ?
Il plongea son regard au fond du gobelet vide. Ses mains tremblaient. Il cacha aussitôt les signes de sa peur en jetant nonchalamment le récipient dans la poubelle. Cela ramena à sa mémoire le bruit de la machine.
– Un bruit aurait pu les réveiller… tenta-t-il le regard fuyant.
– Nous l’aurions entendu.
– Je n’avais pas pensé à cela…
– C’est pour cela que je suis ici, pour vous apprendre à avoir des réflexions scientifiques.
L’ampoule se mit à grésiller une nouvelle fois. Le regard de Thomas se posa sur l’enveloppe transparente qui dévoilait le filament incandescent qui crépitait.
– Docteur ? Les champs électromagnétiques peuvent-ils troubler le sommeil ?
L’homme esquissa un sourire pour la première fois depuis qu’il le connaissait. Thomas aurait préféré qu’il s’abstienne. Sa bouche s’étirant en un mince rictus était parfaitement effrayante sous cette lumière faible et vacillante.
– C’est possible. Pour une fois que vous dites une chose censée…
– Les lumières à l’étage d’en dessous ?
– Si notre système électrique est défectueux oui, cela aurait pu les perturber. Si nous nous basons sur cette ampoule, nous pouvons décemment dire qu’il est endommagé. Félicitations.
Thomas se sentit ragaillardit. Il commençait à le trouver sympathique. Le jeune homme sourit en pensant au syndrome Stockholm.
– Regardez, l’écran. Vite.
Le stagiaire sursauta.
– La chambre dix, la patiente numéro un, elle fait une crise ; lui expliqua le docteur.
Il montra les courbes.
– Elle est éveillée ?
– Elle est coincée entre les deux… Vous souvenez vous des explications que je vous ai fournies ?
– Oui docteur, la paralysie du sommeil est un trouble qui advient à l’état hypnagogique ou hypnopompique, donc pendant les phases de sommeil paradoxal.
– Autrement dit, durant les phases d’éveil ou d’endormissement. Les hormones continuent à annihiler les fonctions motrices, elle est éveillée, mais paralysée, termina le docteur en scrutant l’écran qui affichait la caméra nocturne de la chambre dix.
Thomas s’empressa de faire de même. Il vit patiente ouvrir lentement la bouche. Elle semblait essayait de respirer ou de crier, il n’arrivait pas à définir ce qu’il voyait, l’image se brouillait. Il eut le temps de voir deux billes lumineuses, comme les yeux des lapins sur le bord d’une route la nuit. Les yeux du second patient étaient ouverts et regardaient vers sa compagne de chambre.
– Le patient deux docteur, lui aussi est en pleine paralysie.
– Absolument. Au même moment.
L’homme plissa les yeux. Les écrans se déréglaient, les images se troublaient. Le docteur hoqueta, signe qu’il avait eu le temps d’analyser le peu d’informations que les machines daignaient lui donner.
– Ce n’est pas bon ça !
Le docteur se leva brusquement, une alerte venait de s’afficher à l’écran, le rythme cardiaque de la patiente s’élevait dangereusement. Le stagiaire se leva à son tour.
– Restez ici ! Surveillez les autres.

La porte à peine fermée, tout le matériel électrique revint à la normale. Thomas regarda les images que lui fournissaient la caméra nocturne de la chambre dix. Il vit la porte s’ouvrir et la lumière envahir la pièce, ne lui laissant qu’une image très dure à interpréter. Ses yeux se posèrent sur la caméra thermique. Il pouvait voir que le docteur était près de la première patiente. Elle était assise sur son lit. Thomas vérifia rapidement la température de la chambre. Excepté la zone plus froide vers la porte, qui se dissipa rapidement, due à l’air du couloir qui entrait et se réchauffait dans la salle, tout lui paraissait ordinaire. Il vit néanmoins que la patiente avait quelques degrés de moins au niveau du torse. Il se promit de demander des informations sur ce phénomène au docteur Blanchard dès son retour, qui ne serait plus très long.
Thomas suivant les consignes de son tuteur, observa avec attention le moniteur, les patients des autres chambres étaient paisibles. Les caméras nocturnes ne montraient rien d’intéressant, mais la caméra thermique de la chambre treize mettait en évidence un changement de température dans la pièce.
– Un courant d’air ? se demanda Thomas.
Il continua à contempler les fluctuations. Le jeune que la fatigue rendait nerveux tressaillit en voyant que le courant d’air refroidissait encore et commençait à se muer en une forme humanoïde.
– Mais qu’est-ce que c’est ?!
La patient de la salle treize passait en sommeil paradoxal. Ses yeux s’ouvrirent. Thomas put voir se dessiner la peur sur son visage. Il vérifia le rythme cardiaque. Une paralysie n’était pas plus dangereuse que cela, mais l’angoisse ressentie par le patient pouvait par contre avoir des conséquences. Thomas vit la forme bleue de la caméra thermique s’approcher du lit. Le courant d’air allait effrayer le patient, qui était déjà en proie à une frayeur alarmante. Jetant un coup d’œil à la caméra thermique de la chambre dix, il constata que le docteur Blanchard était maintenant auprès du deuxième patient. Il pria intérieurement son tuteur de se dépêcher. Il n’osait pas quitter la salle pour aller s’occuper du patient de la chambre treize.

Personne n’entendit ses prières, le rythme cardiaque du patient numéro cinq commençait à s’affoler. Il jeta un regard désespéré à l’image de la caméra thermique de la chambre dix.
– Il faut que j’y aille, je n’ai pas le choix.
Thomas se leva d’un bond, sortit de la pièce en trombe et courut jusqu’à la chambre treize. Il ouvrit la porte avec brutalité et appuya sur l’interrupteur. La lumière éblouit le patient qui cligna des yeux, poussa un cri de terreur avant de se relever dans son lit.
– Docteur ! cria le patient.
– Tout va bien.
L’homme regardait autour de lui l’air ahuri.
– Où est-elle ?!
Thomas crut comprendre de qui parlait le patient, il déglutit.
– Qui… Qui donc ? demanda-t-il.
– La tueuse ! L’étrangleuse, le fantôme, la folle, appelez la comme vous voulez ! hurla-t-il.
– Mais que se passe-t-il ici bon sang ?! Jeune homme, je vous avais demandé de rester dans la salle d’observation !
Le patient numéro cinq se leva en secouant la tête.
– Ne le grondez pas, il vient de me sauver la vie, elle allait me tuer cette fois !
Thomas recula d’un pas, il avait envie de fuir cette chambre. Il était sûr d’avoir vu une forme humanoïde d’abord sur son écran, puis en entrant dans la pièce.
– Mais non, le rassura le médecin, vous n’alliez pas mourir.
Il tapota gentiment la main du patient, ce qui eut pour effet d’étonner Thomas.
– Lors des paralysies du sommeil il est tout à fait fréquent d’avoir des hallucinations visuelles. Un sentiment d’oppression… Allons, allons, je vais vous donner un calmant, vous pourrez vous rendormir tranquillement.
Le visage du patient passa du blanc au rouge, il se mit à marcher vers la sortie à grandes enjambées.
– Vous voulez qu’elle me tue ?! Jamais je ne pourrais dormir à nouveau ! Jamais !
Le matériel encore accroché au patient se renversa sur le sol dans un grand fracas. Le docteur Blanchard tenta de retenir son patient en l’attrapant par le bras, mais celui-ci se jeta dans le couloir, arracha les fils qui restaient encore collés à sa peau et partit en courant. Thomas regarda le matériel, il n’était heureusement pas endommagé.
– Quel abrutit. Regardez-moi ce foutoir !
Le docteur Blanchard donna un violent coup de pied dans le moniteur qui avait affiché, quelques minutes auparavant, le rythme cardiaque du patient.
– Retournons en salle d’observation.
Thomas suivit son tuteur sans broncher. Il espérait ne pas être réprimandé pour le comportement du patient.

L’ambiance dans la salle d’observation était terriblement tendue. Thomas ne savait pas s’il devait ou non parler de ce qu’il croyait avoir vu. Le stagiaire prit son courage à deux mains.
– Docteur ?
– Oui ?
– J’ai remarqué que la première patiente avait quelques degrés de moins au niveau du torse après sa crise. J’ai constaté ce phénomène bien plus marqué sur le patient numéro cinq…
– Où voulez-vous en venir ?
Thomas se gratta nerveusement la nuque.
– Nulle part en fait, je voulais vous demander à quoi cela était dû…
Le docteur soupira.
– Un défaut de la caméra thermique peut-être.
– Mais docteur, j’ai bien vu aussi une forme humanoïde dans la chambre treize ! Quand je l’ai ouvert j’ai aussi vu une ombre. Je pense…
– Nous ne sommes pas devant un feu de camp à se raconter des histoires de fantômes. Vous vous laissez influencer par la peur des patients.
– La forme…
– La forme ?! le coupa son tuteur. Vous oubliez peut-être que votre cerveau tente toujours d’interpréter les images qu’il réceptionne pour leur donner un sens, un objet qu’il connait.
– C’est vrai… Mais docteur… Il a parlé d’une femme.
– Ils parlent d’un tas de trucs. C’est les conséquences de la paralysie. N’avez-vous donc rien retenu des explications ?! Ne commencez pas à me casser les pieds avec vos histoires de bonnes femmes…
Thomas se tut. Il avait honte de son comportement. La fatigue le poussait à bout et il s’était ridiculisé devant son tuteur. Le jeune homme s’inquiéta de l’appréciation que daignerait donner le docteur Blanchard sur son rapport de stage après cet épisode.
– Jeune homme, les patients s’agitent encore. Je vais leur donner des calmants. Quant à vous, allez dormir et ne me rabattez plus les oreilles avec vos histoires de fantômes.
Le docteur Blanchard tint la porte ouverte tout en montrant d’un large geste de la main le couloir, signe que sa décision était sans appel.

Après une nuit saturée de cauchemars, Thomas se leva encore extrêmement fatigué. Il avait des brûlures d’estomac et les cernes lui dessinaient deux cercles bleus autour des yeux. Son radio-réveil indiquait sept heures dix-huit. Il décida d’aller s’informer de la situation auprès du docteur Blanchard. Toujours préoccupé par l’image désastreuse qu’il lui avait donnée la veille. Thomas s’en voulait d’avoir accepté d’être allé se coucher. Le docteur Blanchard était resté seul, ce qui est contraire au règlement. Habituellement une infirmière l’accompagnait.
Il toqua à la porte de la salle d’observation. Il n’eut pas de réponse. Thomas recommença. Personne ne venant lui ouvrir, il poussa la porte. Ses yeux se posèrent immédiatement sur le docteur assit sur son fauteuil, la tête en arrière, la bouche ouverte.
– Docteur Blanchard ?
Thomas s’approcha doucement. Il posa une main sur son épaule et le secoua très légèrement. Le réveiller en sursaut serait bien la pire des idées.
– Docteur ?
La situation lui apparue clairement, il était décédé.

L’autopsie révéla que le docteur Blanchard et ses quatre patients restants cette nuit-là étaient tous morts par strangulation, sans aucune marque visible sur la peau. Les images des caméras avaient été étudiées à maintes reprises, toutefois aucune présence n’avait été détectée. Le jour même de la découverte du drame, Thomas avait quitté le centre, l’université, devant les conditions exceptionnelles, avait accepté qu’il abrège son stage dans les délais les plus restreints. Malheureusement pour lui, chaque soir était devenu un moment angoissant. Plus jamais il ne put dormir correctement.

Nouvelle envoyée pour le concours Ascodocpsy 2017.
Thème : Sur la même longueur d’onde.
©SignéC

Fractures – Franck Thilliez

Résumé : Alice sait que quelque chose ne tourne pas rond dans sa tête. Son psychiatre à l’hôpital de Lille doit lui révéler le résultat d’un an de traitement. Mais les événements étranges se multiplient autour de la jeune femme : cette photo récente de sa sœur jumelle, pourtant morte dix ans auparavant, son père, agressé chez lui à l’arme blanche, et qui prétend avoir tenté de se suicider, ce chemisier ensanglanté qu’elle découvre dans sa douche et à propos duquel elle n’a pas le moindre souvenir, cet homme retrouvé nu dans un abribus et qui semble avoir vu le diable en personne. En un mot, Alice vient de prendre un aller simple vers la folie…

Fractures.png

Note personnelle : ★ ★ ★ ★ ★

Avis : Un coup de cœur pour ce roman traitant avec habilité de maladie mentale. Je tiens à souligner qu’Alice Dehaene l’héroïne de ce roman, existe bel et bien, cependant, l’histoire est quant à elle totalement fictive. Vous pouvez retrouver son blog (consacré à sa rencontre avec Franck Thilliez) juste ici.

Je ne sais pas comment parler de ce roman sans spoiler, aussi, je vais me contenter de vous assurer qu’il y a dans ces pages beaucoup de suspense et de l’action. Une autre chose que j’aime particulièrement, c’est le « mixte des visions » (les termes doivent exister en littérature, malheureusement, je n’ai pas étudié cela, alors, il faudra vous contenter de mon langage de chroniqueuse lambda), on passe de l’histoire du point de vue du médecin Luc Graham, à celui d’Alice, puis Dorothée, ce qui permet au final de comprendre l’histoire dans son ensemble mais à l’allure imposée par l’auteur.

Il y a aussi un mélange dans les temps, un fait vu par un personnage qui en croise un autre, comment « l’autre » en est arrivé là, etc. Je suppose que là aussi il s’agit d’un style particulier qui a un nom en littérature. Si quelqu’un a des connaissances en la matière, je suis preneuse !

Je termine cet article en vous conseillant vivement de dévorer ce chef-d’œuvre. 

Anecdote : J’ai trouvé ce roman dans la bibliothèque de ma maman, qui, par un heureux hasard, l’avait en deux exemplaires ! Voilà qui rééquilibre les bibliothèques, un exemplaire chacune et les livres seront bien gardés. Aussi, j’avais tweeté une petite phrase, qui se voulait ironique et qui mentionnait l’un des personnages, j’ai préféré la retirer parce qu’il devient très important ce petit point à la fin du roman. 🙃📚

Bonne lecture ! Signé C.