La princesse noire – Serge Brussolo

Résumé : Capturée puis vendue comme esclave par des pillards vikings, Inga est achetée par une étrange châtelaine surnommée « la Princesse noire ». Quel est le secret de cette femme solitaire qui règne en maître sur un manoir en ruine où elle recueille des enfants infirmes abandonnés par leurs parents ? Inga sent qu’un mystère pèse sur les lieux. Les adolescents dont elle a la garde chuchotent de bien curieuses histoires à propos d’une créature qui hanterait les souterrains. Un assassin qui, tel l’ogre des contes, viendrait à chaque nouvelle lune prélever son tribut de chair fraîche. Qui se cache sous le masque d’un dieu barbare pour commettre ses crimes en toute impunité ? Quelles manigances se trament dans le secret des oubliettes ?

drakkar

Note personnelle : ★ ★ ★ ★ ☆

Avis : Autant vous le dire : avant même le premier chapitre nous avons un avertissement écrit de la main de l’auteur. Avertissement qui concerne l’appellation des dieux vikings mais pas que ! Il nous parle de l’âge des protagonistes, qui nous paraîtront extraordinairement jeunes, mais nous assure qu’à cette époque on était considérés comme adulte à partir de 12 ou 13 ans… Connaissant l’auteur et les passages malsains dans ses livres, j’ai eu peur. C’est un génie de l’angoisse, qui n’a pas peur d’inclure fréquemment pour ne pas dire systématiquement, des scènes érotiques. Je fais abstraction habituellement, cependant, cette fois les protagonistes étant des enfants à mes yeux, j’ai eu envie de refermer le livre et le ranger, ce que je n’ai pourtant pas fait. Ma peur n’était pas fondée, rassurez-vous. Pour du Brussolo c’est relativement soft à ce niveau. Certes, il y a un passage avec quelques caresses sur le torse, entre deux adolescents. Rien de traumatisant non plus.

Nous suivons l’évolution d’Inga, jeune femme capturée puis vendue comme esclave par un groupe de vikings. Achetée par une femme mystérieuse, appelée Princesse Noire, nous la découvrons dans les premières pages aux côtés d’Inga, ensemble elles tentent de sauver un bébé abandonné dans le froid à la merci des loups. L’horreur commence très rapidement. L’enfant a été kidnappé sous leurs yeux, emmené dans un camp de « fabricants de monstres ». En effet, les nouveau-nés infirmes abandonnés par les familles vikings, qui espèrent les voir se faire dévorer par les loups, terminent parfois entre les griffes de ces groupes, qui à l’aide d’étranges machines de torture, comme des corsets de fer, contraignent leurs corps à grandir de travers. Ils les exhibent ensuite devant la foule, comme étant des trolls, gnomes et autres créatures… Le dernier enlevé a quant à lui eu « de la chance », car Inga et la Princesse ont réussi à le récupérer. Il grandira donc au Manoir des Deux Corbeaux, parmi la multitude d’enfants infirmes « sauvés » par la maîtresse des lieux.

Parlons-en du lieu d’ailleurs. Cet imposant manoir, s’avère finalement être un échec architectural. Voulant faire plaisir à sa Princesse, le défunt mari de celle-ci a décidé de céder à son caprice et lui construire le palais qu’elle souhaitait. Malheureusement les vikings n’étaient pas de bons maçons et ce qui devait être un véritable château, n’est finalement qu’un tas de pierres où le vent glacial s’engouffre par les nombreuses fissures. Les habitants sont dans un état encore plus pitoyable que la bâtisse. Des enfants infirmes, habillés de haillons, maigres et malades, jouant dans la fange du matin au soir. Nous apprenons que parmi eux se cache une vraie terreur, qui fait régner la peur, on lui prête une réputation de violeur et d’assassin… Skall de son prénom, s’avèrera finalement être un allié de taille pour Inga qui s’évertue à résoudre les mystères qui entourent cette île et sa Princesse.

En effet, le lecteur se fait trimballer de légendes en mystères, de mystères en mensonges et de mensonges en vérités relatives. Dans un monde de violence, de crasse et de maladie, Inga démêle le vrai du faux. En écoutant les versions de l’histoire, variant d’un personnage à l’autre. Il y a les villageois vikings qui craignent la Princesse Noire, ce prêtre qui la pourchasse en l’accusant de tous les péchés, il y a également la version des enfants du manoir et bien entendu celle de la principale intéressée. Parmi les mystères à élucider, nous avons le choix… Pourquoi la dame sauve-t-elle ces enfants abandonnés, qui est-elle réellement, quelle créature se cache dans les sous-sols du manoir, d’où vient cette bête volante qui attaque les troupeaux de moutons ?! Au fil des pages, Inga et le lecteur découvrent la triste vérité.

Contrairement aux fins généralement sombres auxquelles l’auteur nous a habitué, j’ai trouvé que cette fois, ça se terminait bien pour les protagonistes. Inga n’est pas devenue folle, ou esclave de je ne sais quel dégénéré. Le roman se termine sur son départ en mer avec les enfants qu’elle a pu sauver, quelle surprise ! Vous vous doutez que je vous conseille ce roman, comme je le fais chaque fois quand il s’agit de Serge Brussolo.

Anecdote : Badge PAC 2020Lu pour le Pumpkin Autumn Challenge 2020, menu automne frissonnant, catégorie « Les chimères de la Sylve rouge. » (Gothique, vampire, créatures de la nuit). Je dois avouer que le résumé m’a laissé croire qu’il s’agissait d’une histoire tournant autour d’une créature de la nuit…

Bonne lecture, Signé C.

Train d’enfer pour ange rouge – Franck Thilliez

Résumé : Un cadavre en morceaux artistiquement répartis est retrouvé aux environs de Paris. La victime a été décapitée et son corps martyrisé a fait l’objet d’une mise en scène défiant l’imagination. Le commissaire Franck Sharko est dépêché sur les lieux. Les ténèbres, il connaît : sa femme a disparu depuis six mois. Aucun signe de vie, aucune demande de rançon. Et cette nouvelle affaire, en réveillant le flic qui dormait en lui, va l’emmener au cœur de la nuit, loin, beaucoup trop loin…

squelette

Note personnelle : ★ ★ ★ ☆ ☆

Avis : Il n’est pas rare de lire que « Train d’enfer pour ange rouge » est le premier roman de Thilliez (lui-même en parle comme étant le premier de son aventure littéraire), cependant c’est inexact. Le premier est paru en 2002, il s’agit de « Conscience animal » des éditions CY. Passons cette anecdote et plongeons-nous dans ce « premier » roman mettant en scène le Commissaire Sharko.

Nous retrouvons dans ce roman ce qu’il y a de plus classique dans un thriller. Un commissaire torturé par la disparition de sa femme, acharné du travail, drogué à la caféine, par conséquent insomniaque, qui a des difficultés à suivre les procédures, malgré tout un personnage profondément humain. Somme toute, un personnage que nous croisons souvent dans ce type de lecture. Je suppose que ce sont des choix faits pour donner de la profondeur au protagoniste. La personnalité et l’histoire de Sharko posent, à mes yeux, les bases d’un thriller des années 2010.

Ce que je retiens du roman ce sont les cadavres mutilés, l’horreur poussée à son extrême, les découvertes faites en refusant de suivre les règles, la mise en danger consciente et quasiment systématique du personnage principal. Peut-être trop habituée à ce genre, je n’ai pas été impressionnée ni dérangée par cette envie de nous en mettre plein les yeux. Au contraire, je me disais que Thilliez voulait nous prouver qu’il était capable d’écrire des choses terrifiantes, à la limite de l’obscène, dans un style parfois dense. Je pense comprendre désormais pourquoi il y a dans ce livre d’un tel déferlement de violence et des phrases lourdes : ce sont les débuts de notre auteur. Nous pouvons ressentir la volonté de bien faire, l’envie également de prouver ses capacités, de faire découvrir sa plume, qui à ne pas en douter avait vocation à être ensanglantée. Je me permets d’avoir un œil critique sur la construction des phrases, car je souffre également du « syndrome du débutant ».

Petite anecdote : Je suis une spécialiste quand il s’agit de ne pas lire les tomes dans l’ordre, j’ai été par conséquent surprise d’apprendre que la femme de Sharko avait disparu, alors que je la croyais décédée dans un accident de voiture. Cette incohérence, inhérente à mon fameux running gag, m’a permis de me rendre compte que je n’avais lu dans le bon ordre. Une fois de plus.

Pour conclure, vous l’avez compris, je me suis noyée dans l’hémoglobine en essayant de suivre l’intrigue. Je suis passée à côté de l’histoire. Le pauvre auteur arrive comme un dessert dans mon repas de thriller. Ce qui devait être une claque littéraire il y a seize ans, est simplement « un thriller de plus » aujourd’hui. Je le place aux côtés de Chattam et Grangé, qui sont comme Thilliez, d’excellents auteurs, avec parfois des romans qui n’arrivent pas à me subjuguer. Je reste d’avis qu’il s’agit d’un bon roman, qui a sa place dans ma bibliothèque. Et pourquoi pas, dans la vôtre.

Je vous laisse sur une vidéo de Franck Thilliez qui nous parle de son oeuvre. 😉

Anecdote : Roman lu dans le cadre du Pumpkin Autumn Challenge, menu automne frissonnant, catégorie « Les supplices de la Belladone (un livre à la couverture noire) ». 🎃Badge PAC 2020

Bonne lecture ! Signé C.