Chronique Alicienne – Ilan Duran Cohen

Résumé : Avec ses rêves de cinéaste mais aussi pour échapper à ses doutes, à sa crise d’identité, aux pesanteurs de son appartenance à la communauté juive, le jeune narrateur de ce roman quitte Paris et s’inscrit dans une université new-yorkaise. Quelques mois plus tard, il est rejoint par Alice, sa cadette adorée, depuis toujours sa complice, et pourtant son contraire. New York, cité symbole de l’intégration ? Alice s’émerveille, mais son frère est sceptique… Il est le roman de cette année partagée, de ce jeu de miroirs, face à une ville, entre un frère et une sœur dont les trajectoires vont douloureusement s’écarter.

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Avis : Si vous lisez l’anecdote, vous comprendrez pourquoi j’ai hésité à lire ce roman. Pourtant, à peine ouvert, je n’ai plus eu envie de le lâcher. Provocante est le premier adjectif auquel j’ai associé cette lecture. La notion de provocation est d’ailleurs exprimée dès la première page.

Elle se tait. Elle est surprise, évidemment. Elle voulait que je lui parle de New York. Je lui parle de ma bite.

Chronique alicienne, p. 1, Ilan Duran Cohen

Des phrases courtes, des répétitions, de l’anglais. Un style qui me perturbe. Je croyais être habituée à la vulgarité, quelle erreur !

Pavel nous enseigne la lumière, avec laquelle il entretient une relation intime et sensuelle. Respectez-la, comprenez-la, aimez-la. La lumière fait le film. Une scène mal éclairée sera mal jouée, donc inutile, à détruire. La lumière devient la partenaire des sentiments, le trait qui souligne l’émotion, la flèche qui atteint le cœur, infiniment plus rapidement que la parole. […]

[…] Il est préférable, nous clame Pavel en attendant son petit déjeuner, que le sujet soit présenté à la lumière de côté, voire par-derrière (Shu, tu rates encore une leçon), et jamais de face. La lumière n’aime pas l’évidence. Elle veut qu’on lui donne la possibilité de se faufiler, de danser. Bref, elle veut qu’on l’excite. Et comme toutes les putes, elle ne se donne qu’à ceux qui savent l’allumer.

Chronique alicienne, p. 49-50, Ilan Duran Cohen

Choquée mais touchée à chaque nouvelle page. Ilan Duran Cohen m’a offert des moments de poésie à sa façon. Une façon que je ne connaissais pas et que j’ai eu plaisir à découvrir. Je cherche encore comment vous retranscrire les émotions que m’a fait vivre cette lecture.

[…] Elle m’a vu et fait un sourire qui, à cet instant précis, n’a pas de prix.
Je panique encore, parce que je n’arrive pas à mettre un prix sur le sourire de Cindy. 999 ? Nine million ninety-nine ? How much, le sourire ?
J’arrive à bout de souffle devant elle.
– Est-ce qu’on peut t’acheter ? je lui demande.
– Je suis en faillite… Je n’ai pas de valeur, répond-elle.
– Je t’aime.
Elle se met à rire comme si elle avait entendu la plus grande ineptie de la journée.
– Pardon, fait-elle pour s’excuser.
– Non, moi, pardon. C’est ridicule. C’est ringard. Ca ne se dit pas.
Elle me regarde comme si elle m’aimait, elle aussi. On se rapproche, on se prend la main.

Chronique alicienne, p. 224, Ilan Duran Cohen

Ce roman, c’est avant tout une quête d’identité ponctuée de cynisme et d’humour. Je l’aurais appelé « Chronique Bradienne » à la place de « Alicienne ». Brad est plus présent et sa relation avec le héros bien plus forte. Une amitié très sincère, voire une histoire d’amour. Dans les deux cas, une histoire de tendresse. Il n’y a qu’à lire la description qu’il fait de son ami pour s’en rendre compte.

Ce qui rend Brad attachant et terriblement différent des autres Américains, c’est son sourire et son regard. Il ouvre la bouche et soudain tout s’illumine comme la guirlande électrique d’un arbre de Noël. Il sourit et on ne peut résister, séduit à jamais par ce gros italien qui rêve de ressembler à un de ces mannequins calmes et blonds, au corps et au visage parfaits, à l’insolence du bonheut Wasp qui s’étale froidement dans les pubs Ralph Lauren ou Calvin Klein. […] L’arbre de Noël a aussi les yeux noirs, deux olives dansantes qui s’amusent à glisser entre les regards ; les yeux de Brad, joyeux ou tristes, sont toujours passionnés.

Chronique alicienne, p. 151-152, Ilan Duran Cohen

Je ne me souviens pas du prénom de notre héros. Je me demande si je commence à perdre la tête ou si l’auteur à sciemment omis de nommer son personnage en quête d’identité, ce qui serait brillant et qui ferait de ce roman une œuvre-d’art. Je vous conseille de le lire, ou mieux de le vivre.

Anecdote : Une vraie anecdote cette fois ! 🌟 Ce roman, je ne l’ai pas choisi… En passant par la Gare Saint-Lazare pour me rendre à un rendez-vous, j’ai été interpelée par un homme m’expliquant que suite à l’annulation du Salon du Livre, ils donnent des ouvrages. Il me colle donc les livres dans les mains sans me demander mon avis. Je baisse les yeux sur les couvertures, hausse les épaules et reporte mon attention sur mon interlocuteur qui me parlait encore. Je ne le laisse pas terminer son speech me sachant attendue. Je lui colle à mon tour un billet entre les mains avant de partir en me demandant ce que je vais bien pouvoir faire de ces romans dont je ne voulais pas. Peut-être tout simplement les déposer dans une boîte à livres ou dans le métro (mais la crise sanitaire… CQFD). J’ai, en attendant d’avoir une meilleure solution, décidé de les serrer contre moi pendant le voyage, puis de les ranger (difficilement) dans mon sac pour qu’ils ne m’encombrent pas durant le rendez-vous. Celui-ci s’est avéré être un si joli moment de ma vie que j’ai décidé de garder ces livres en souvenir et bien entendu, de les lire. Et sachez-le, j’ai bien fait ! 💙

Bonne lecture, Signé C.

Ma vie depuis que je suis blogueuse, deux ans plus tard. Le bilan.

Quelques mois après la création de mon blog, j’ai publié un article pour vous partager les changements qu’il avait engendré dans ma vie, vous pouvez le consulter en cliquant ici. Il y a eu du changement en deux ans ?

Le bilan

Je délaissais Facebook au profit de Twitter et d’Instagram.
Aujourd’hui, je délaisse tous les réseaux sociaux.

alex-knight-j4uuKnN43_M-unsplashJe n’ai aucune envie d’avoir un discours moralisateur, ni de diaboliser les réseaux, cependant, je ne peux parler de mon expérience de blogueuse sans en aborder ma vision… Un soir, j’ai remarqué que je passais énormément de temps sur Instagram. Le pire de tous ! Mon pouce faisait défiler les photos, je cliquais sur les cœurs sans même regarder ce que mes doigts likaient. Je faisais d’autres choses à côté, jetant des coups d’œil rapides à l’écran de mon téléphone. Purée ! Ces bêtises auraient pu me faire développer un strabisme divergeant… Mais croyez-vous que cela m’aurait arrêté ? Pas du tout. Reprenons notre sérieux : je l’avoue aujourd’hui avec une pointe de honte, j’étais addicte. Pas au réseau en lui-même, mais aux chiffres. Je surveillais l’évolution de ma courbe d’abonnements. Mon humeur suivait scrupuleusement les fluctuations de cette dernière. Un abonnement en moins, mon estomac se contractait, un abonnement en plus et je me sentais euphorique. Les scientifiques savent désormais expliquer ce phénomène en rapport avec la dopamine. Je vous conseille vivement de regarder le reportage « Envoyé spécial Smartphone : sommes-nous tous accros ? » … Je m’évertuais à dépasser les 1000 abonnés sur Instagram, lorsque constatant que je stagnais, j’ai décidé d’abandonner. Ce qui habituellement est un défaut chez moi, l’abandon face à la difficulté, m’a ici sorti d’un cercle vicieux.

J’avais adopté la liseuse Kindle.
Aujourd’hui, j’ai presque abandonné la liseuse Kindle.

alejandro-escamilla-BbQLHCpVUqA-unsplashIl est vrai que ce gadget est pratique. Incontestablement ! La fonction « note » qui permet de sauvegarder rapidement un passage du roman et de noter nos remarques facilite grandement l’écriture d’un article. Mais tout lecteur vous le dira, rien ne vaut le papier. L’odeur des livres, leur poids entre vos mains, la satisfaction d’en tourner les pages… Je garde ma liseuse comme un outil numérique qui permet surtout de lire les ebooks des auteurs indépendants. J’ai eu la chance de nouer des liens avec une romancière à la plume délicate et poétique, Sélène Derose, et c’est avec ma liseuse que je plonge dans son monde. En somme, cet objet ne m’est pas indispensable. Il reste la plupart du temps dans un tiroir. Et vous, dites-nous, utilisez-vous fréquemment une liseuse ?

J’abordais mes lectures différemment.
Aujourd’hui, je lis à nouveau avec plaisir.

thought-catalog-505eectW54k-unsplashL’évolution de nos articles est logique et normale. J’ai pu constater qu’au début j’avais un style très maladroit. La peur du spoil me forçait à écrire des chroniques vides de sens. Les personnages sont attachants, l’histoire est sympathique et bien écrite… Ce genre d’avis sans profondeur. J’ai ensuite fait pire encore. Une confession que je vous fais aujourd’hui… Je n’avais aucun plaisir à lire les livres, je survolais parfois certains d’entre eux pour gagner du temps et pouvoir publier un article rapidement. Peu m’importais le contenu, je m’occupais surtout du contenant, en passant plus de temps à créer mes images d’accroches et mes visuels pour les réseaux sociaux. Une vraie usine. La quantité était la seule chose qui importait. Toujours plus de chroniques à partager, pour être encore plus présente dans la blogosphère. Une surconsommation d’ouvrage auxquels je ne prêtais aucune attention, au point d’en avoir du mal à en faire un résumé. Quand j’ai abandonné Instagram, j’ai également relâché la pression à ce niveau. Aujourd’hui je sélectionne mieux les romans qui rejoignent ma pile à lire. Je prends le temps d’en lire chaque mot, de respecter le travail des auteurs et de vous restituer au mieux mon avis sur les livres qui passent entre mes mains. J’ai repris plaisir à lire et à écrire.

Je passais du temps à faire des photos de mes livres.
Aujourd’hui, je ne fais presque plus de photos de mes livres.

elora-allen-Wikeo8KZUhA-unsplashL’abandon d’Instagram a décidément changé énormément de choses à ce blog et à ma vie. Je me souviens d’un dimanche après-midi que j’ai passé à photographier des livres. Sous toutes leurs coutures, décalant l’objectif parfois de quelques millimètres seulement pour changer la luminosité de la photographie. Pour les professionnel c’est sûrement une très bonne chose, mais pour une lectrice c’est à la limite du malsain. Comme pour les chroniques, j’ai connu cette surconsommation. En regardant le soir la galerie photos de mon téléphone, j’ai constaté que j’en avais pris plus de trois cent… La soirée, loin d’être plus amusante que la journée, je l’ai passée à effacer les images qui n’étaient pas assez Instagramable. Tout se rejoint d’ailleurs, lorsque je vous parlais de livre dont je me fichais bien du contenu… Pourvu qu’ils aient une couverture assez jolie pour terminer dans mon feed. Aujourd’hui, si je trouve une scène jolie en passant devant, je m’arrête pour l’immortaliser. Terminé les scènes de vie créées de toutes pièces. Nous pouvons résumer ce passé de bookstagrameuse comme un moment d’hypocrisie dans ma vie. Vis-à-vis de vous, de ce blog et de moi-même. Je voyais ces comptes avec leur million d’abonnés, ces femmes qui semblaient avoir une vie parfaite, chez elles tout était beau, tout était hashtags quelque chose. Douter de moi et de mon bonheur, voilà le résultat de ces longues heures sur les réseaux. J’ai lu une multitude d’articles vous apprenant les ficelles du digital marketing. Avec ces conseils en tête, je passais un temps fou à tenter de ressembler à celles que j’appelle désormais avec une pointe d’amertume, je le confesse, les piliers de la perfections mensongères. Mon feed ne s’arrêtait pas à trois couleurs, mes lectures étaient trop variées, je n’arrivais pas à m’arrêter à un style de romans qui ferait de moi une experte du domaine. De déceptions en remises en question, je sombrais dans la tristesse. Avec du recul j’ai compris que je ne peux pas m’attribuer une image de marque comme me le conseillaient ces articles. M’arrêter à trois couleurs ne me correspond pas, je préfère un arc-en-ciel. M’arrêter à un style de livre, ne me convient pas, j’aime la SF, les thrillers, la fantasy, les romans jeunesses et je ne crache pas sur une romance de temps à autre. Si aujourd’hui je voulais me coller une étiquette, je choisirais celle de la diversité.

Je participais à des challenges et des tags.
Aujourd’hui, je participe toujours à des challenges et des tags.

toa-heftiba--Wor0Xz9sqQ-unsplashToujours ! Surtout le fameux « Pumpkin Autumn Challenge » qui a marqué le début de ce blog, il y a de ça deux ans. Je ne peux pas nier que les tags permettent de partager du contenu à intervalle régulier, pour ne pas que vous m’oubliez complètement. Quant aux challenges, ils me donnent la réjouissante impression de faire partie d’une communauté. Ils réveillent également mon côté compétitrice… Je fais malgré tout attention à ne pas retomber dans la lecture à outrance qui finissait par me dégoûter des livres. Certains « menus » ne me conviennent pas, il y a deux ans, je me serais forcée à survoler des livres qui correspondaient à la catégorie pour vous pondre un de ces avis aseptisé. Ceux qui me permettaient de ne rien dire qui pourrait être mal interprété. Aujourd’hui, je préfère modifier quelques peu les challenges pour garder le plaisir de tourner des pages, les modeler à mon image plutôt que l’inverse, pour vous proposer des chroniques qui me ressemblent vraiment.

En regardant le bilan, il est clair qu’Instagram est ce qui a rendu mon rapport au blog complètement toxique. Je me suis laissée avoir par ce monde magique d’images toutes plus belles que les précédentes. Croyez-moi, on ne m’y reprendra plus ! Je continue à regarder vos partages avec un grand plaisir, mais je ne me donne plus autant de mal pour vous arriver à la cheville, amis bookstagrameurs. Concernant mes chroniques, j’ai désormais mon propre style, j’essaye de vous partager des remarques que j’estime intéressante ou pertinente. Si un livre ne m’a pas convaincu, je ne me force plus à en parler. J’ai retrouvé un équilibre et un rapport sain avec mon blog.

Avez-vous un blog ? Qu’est-ce que cela a changé pour vous ? Trouvez-vous que votre rapport à votre blog est sain ? Estimez-vous passer beaucoup (trop) de temps sur les réseaux sociaux ? Dites-nous tout, comment vivez-vous votre vie de blogueur ? 💻📚☕

À bientôt amis lecteurs, bookstagrameurs, blogueurs et enquêteurs !
Signé C.
P.S. : toutes les images viennent du site Unsplash, excepté le montage créé sur Canva. 😉